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Jeune Chercheur 2008 Langage
et Epilepsie à Pointes Centro-Temporales : déficits et séquelles. Cécile
Monjauze Résumé L'épilepsie
focale à pointes centro-temporales (EPCT) est la plus fréquente
des épilepsies bénignes de l'enfance. Il s'agit d'une épilepsie
idiopathique (sans lésion cérébrale ni déficit neurologique)
focale (affectant les aires centro-temporales), d'étiologie probablement
génétique, qui survient entre 3 et 13 ans. La présence
de troubles modérés du langage a été rapportée
pendant la phase active de l'épilepsie, mais l'existence (ou non) de séquelles
à long-terme reste aujourd'hui controversée. En effet, bien que
cette épilepsie soit considérée comme " bénigne
" en raison de la rareté des crises et de la rémission spontanée
à l'adolescence, on ignore encore dans quelle mesure l'activité
épileptique focale, survenant précocement et pendant plusieurs années
dans une zone corticale prédisposée pour sous-tendre le langage,
va modifier l'organisation de cette fonction. Notre travail a donc consisté,
au moyen d'une approche psycholinguistique approfondie, à caractériser
la nature des troubles du langage en phase active de l'épilepsie, et à
explorer l'hypothèse de l'existence de séquelles linguistiques après
rémission. Dans cette perspective, nous avons mené une étude
transversale puis longitudinale sur une population d'enfants d'âge scolaire
et d'adolescents en phase active ou en rémission de l'EPCT (N = 27). Nous
avons étudié le langage au travers de méthodologies complémentaires,
associant 1) une évaluation standardisée 2) une évaluation
en situation induite (élicitation de pronoms objet LE/LA) et 3) une évaluation
en situation " naturelle ", consistant en un recueil de langage spontané
(conversation entre le patient et l'examinateur), au travers duquel nous avons
analysé différents aspects de la syntaxe complexe. Ces deux dernières
approches ciblaient des aspects linguistiques spécifiques connus pour être
des marqueurs, à court et long terme, d'un développement atypique
du langage. Nous avons montré qu'une forte proportion de patients développait
non seulement des troubles du langage en phase active, mais présentait
également des séquelles après rémission de l'épilepsie.
Ces séquelles étaient caractérisées par une difficulté
à produire les structures syntaxiques les plus complexes (i.e. propositions
subordonnées relatives) et par la production persistante d'erreurs morphosyntaxiques,
résultat non objectivé dans des travaux antérieurs ayant
utilisé une évaluation linguistique classique. Nos résultats
soutiennent l'hypothèse d'une immaturité des systèmes de
performance qui interagissent avec le langage (i.e. mémoire de travail).
Par ailleurs, nous n'excluons pas l'hypothèse complémentaire selon
laquelle il existerait un dysfonctionnement des circuits fronto-temporaux affectés
par les décharges, qui sont impliqués dans le traitement d'opérations
syntaxiques complexes. Ce travail, combinant de façon originale et concrète
les ressources fournies par les théories grammaticales dans une perspective
neurolinguistique avec celles de la neuropsychologie expérimentale constitue
une contribution scientifique importante à notre compréhension des
effets à long terme de l'activité épileptique sur la maturation
cérébrale, dont les implications sont pertinentes à plusieurs
titres, pratiques, thérapeutiques et particulièrement scientifiques.
Présentée en décembre 2007 à Tours. Laboratoire
où a été préparée la thèse : "Imagerie
et Cerveau ", INSERM U930, Tours Nom
du directeur de thèse: Dr
Laurie Tuller |